Mages comme des Images #19

L’éclair déchira le ciel. Un instant plus rien n’eut d’importance. Puis le tonnerre retentit, roulant par-dessus les montagnes, violentant les collines et défigurant la plaine. Et cela marqua une fin. Une terrible fin.

La fin des dieux. La fin des dragons.

La fin de l’espoir et de la peur. La fin de l’imagination, de la vérité et du mensonge.

Le maelström d’énergie souffla le monde, le délestant de ses couleurs et ses nuances.

Leund tomba, vidé de la substance divine.

Kenzen récolta une élégante balafre qui lui donna motif à ne jamais oublier.

Auseral sortit victorieux, contre toute logique, sa technique supérieure à celle de ses opposants.

Romun et Kajuon écrasèrent Inervald qui poussa son dernier cri, subissant l’ultime mutilation en se voyant délesté de sa vie.

La flamme d’Endir s’éteignit, non pas soufflée par la bourrasque mais bien parce qu’il s’était finalement consumé pour elle : pour ce qu’il avait craint qu’elle subisse, pour ce qu’il avait imaginé qu’elle devienne et pour ce qu’il avait espéré pour elle. Il s’endormit d’un sommeil profond, le sourire aux lèvres, emporté par l’attelage furieux de leur victoire commune : lui sur cette cohorte de cavalier caparaçonnés et elle sur ce choix absurde entre les uns et les autres.

Le calme revint, par petites touches pastelles. Le couchant acheva finalement le processus, couronnant les montagnes d’or et de rouge.

L’humanité nia l’existence des dieux pendant un temps court.

Bientôt, on recommença à se mentir et à se voir énoncer des vérités. On recommença à espérer et à craindre. On chercha des réponses aux questions.

On créa des uniques et des multiples. Parce qu’au fond on s’étouffe dans la solitude.

Parce que l’humanité est ainsi faite, on oublia Maelen. On ne colporta jamais le nom de celle qui refusa en bloc, celle qui initia le changement, ce changement sans queue ni tête peut-être parce qu’avec l’une il mord l’autre.

On l’oublia presque entièrement.

Un seul refusa.

L’homme, apaisé, contemplait le ciel. Son visage ceint d’argent dévisagerait le firmament jusqu’à son dernier soupir, avec cet unique murmure pour les étoiles, chaque soir, comme une prière :

– Maelen…

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