Les Contrées du nord

Dans ce monde où naissent et grandissent les rêves se trouve un pays que le froid cerne. Les glaces étincelantes brillent sous les feux timides du soleil boréal. Bois et or s’y trouvent en abondance. Les forêts son giboyeuses et le poisson amical avec les lignes tendues pour lui. Le froid exerce ici la seule forme de prédation réellement efficace, le reste est anecdotique.

Dans ces terres de givre se trouvent quelques communautés humaines éparses, principalement côtières. La pêche représente ici le moyen le plus sûr de remplir son assiette, mais aussi de croiser la route du fameux serpent de mer qui élabore son menu avec grand soin. Les incidents de ce type, lors des campagnes, sont devenus rarissimes dans la mesure où l’on connait désormais  fort bien les aires de chasse des imposantes bêtes marines.

Les gens du nord ont rarement été inquiétés par les conflits de ce monde. Tout au plus ont-ils eu à souffrir d’une attaque de démons lorsque ces derniers firent une incursion parmi les mortels. Mais le froid, plus sûr allié des nordiques, les bouta hors de ces terres et les armées du sud ont fait le reste. Les villes exportent fourrures et bois robustes contre des huiles et des fruits méridionaux rapportés par les caravanes de chiens depuis les ports.

Peu nombreux, capables de supporter le froid et la solitude, leurs vastes terres gelées n’ont jamais attisé la cupidité des monarques. Tout au plus exige-t-on que leurs contrées demeurent vassales de celles qui occupent la partie la plus nordique du continent, jusqu’à la passe d’Aren. Ainsi, tandis que les royaumes se disputent terres et richesses, ceux du nord vivent à leur façon.

L’une des plus remarquable cité du nord est la ville d’Aren, elle-même, protégée par sa vassalité automatique. Plaque tournante du commerce boréal, elle importe et exporte des marchandises rares venues des lointaines contrées. Ses marchés sont les plus riches : épices de Dantrakar, huiles de Serola, vin de Garois, Solstant, Varel et Tondris, émeraudes de Darkin, jades d’Evand, diamants de Ontoris, perles de Savara, chevaux d’Esselor, vaches et moutons de Vandora, cuir de Sandor. Le monde entier échange avec Aren et Aren échange avec le monde entier.

L’autre cité toute puissante des terres glacées se trouve être Vestal, presque à l’opposé sur le continent nordique. Les monts Bleugivre, riches en minerais de cuivre, or, argent, fer, platine, bauxite et pierres précieuses a permis à la ville de grandir rapidement et de devenir l’un des joyaux les plus convoités du nord. Fort heureusement, avec le froid pour allié, et une armée navale puissante et privée, la cité a rarement été inquiétée.

En vérité, elle ne fut prise qu’une seule fois, par Astéros le Conquérant, un prince nordique de Vestal exilé par son demi-frère qui usurpa le trône vingt ans durant. La flottille d’Astéros quitta Wesfala, surpassa les forces navales défensives non loin de l’île aux crabes et conquit la cité au prix d’un siège et d’un blocus de quatre mois.

Les gens du nord échangent des nouvelles par bateau ou traineau et, pour les plus urgentes, par corbeau de givre. Ce gracieux animal au plumage immaculé se trouve être doté d’une remarquable intelligence. On le sait capable d’apprendre plusieurs mots, discret et gracieux, sans prédateur naturel dans les contrées glacées, si ce n’est l’Homme lui-même. D’Aren à Vestal, les oiseaux ne mettent qu’une semaine à faire le trajet, sans manger, boire ou dormir. Ils volent avec une célérité qu’égalent peu de volatiles méridionaux. Envieux, les gens du sud tentèrent de les ramener dans leurs contrées mais, curieusement, jamais ne parvint-on à les acclimater et les oiseaux dépérirent. Du froid dépend leur épanouissement.

Les chevaux, rares sous ces latitudes, servaient aux travaux pénibles. Les hommes du nord leur confectionnent avec grand soin des vêtements de fourrure pour garantir leur survie. Ainsi affublées, les fidèles créatures équestres ne craignent que le blizzard.

La plupart des voyages se font en traineau, tiré par une cohorte bruyante de chiens à la langue pendante, ou en diligence attelée de rênes. Et l’on préfère largement le premier moyen de transport au second lorsqu’il s’agit de voyager hors cité car il n’existe aucune route au nord, hormis celles des villes, des villages, de la passe d’Aren et de Vestal aux monts Bleugivre.

La chasse à la baleine et au calmar géant occupe les pêcheurs à minima deux mois dans l’année, le reste du temps consacré aux plus petites créatures marines. Les baleines fournissent viande, huile et fanon s en abondance, denrées utiles et précieuses, bien souvent exportées. Les calmars, eux, sont le plaisir des gourmets, accompagnés de persil et d’ail ou de tomates séchées et de romarin. On utilise également leur encre pour l’écriture et la teinturerie et leurs becs pour confectionner des outils divers.

Les maisons nordiques ont leur lot de particularités : le rez-de-chaussée à demi enterré, elles disposent rarement d’un étage auquel sont préférées une à deux caves dans lesquels, dit-on, vieillissent merveilleusement les vins du sud. On avait retrouvé dans les ruines d’un monastère dédié à Quasst, la déesse de l’eau et du feu, des bouteilles qui passent pour être le nectar le plus doux aux papilles. Les vins du sud, vieillis quelques années, voire décennies pour certains, se revendaient fort cher, y compris aux fournisseurs même de ces produits. Tout roi se devait de disposer de plusieurs centaines de bouteilles si tant est que sa religion le lui autorisait, s’il ne voulait pas passer pour un monarque de seconde zone.

 

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