Le Maudit Chevalier

La chevalerie, qu’est-ce donc, au juste ?

Serait-ce un métier rendu obsolète par les troubadours colporteurs de nouvelles tapageuses ? Serait-ce le métier des fous et des simples d’esprits ? Que font donc ces braves chevaliers qui parcourent le monde alors, si tout cela n’est pas apparenté au dur labeur de ceux qui pratiquent de justes activités dans notre injuste monde ? Ces héros de jadis, dépassés par leur temps et par leurs pairs n’ont-ils pas leur rôle à jouer en ce monde ?

Certains prétendent qu’il ne s’agit ni d’un travail, ni d’un métier. A dire vrai, les chevaliers ont perdu toute leur respectabilité, au profit  de ceux qui possèdent le don de voir juste en tout et tout le monde. Dépouillé de leur lumière, de cet éclat qui fit de ces hommes des légendes vivantes et mortes, les derniers rescapés errent dans un monde devenu fou.

Désormais honnis de tous, tandis qu’on fait les louanges de leurs hauts faits, les sociétés, dans toute leur superbe, ont fait de ces hommes et de ces femmes les dépositaires de toutes les tares qui gâtent les communautés. Sans comprendre. Ni même chercher. Ils doivent porter le fardeau de tous les vices.

C’est ainsi. C’est raisonnable. Et eux, stoïques, poursuivent leur tâche, même accablés, démunis. Ils cherchent une voie, un passage, qu’ils pourront transmettre à ceux qui doutent, ceux qui peinent et même à ceux qui ne comprennent pas.

Aujourd’hui, beaucoup prétendent tout connaître et tout savoir. Et ce qu’ils ne savent pas soit n’a pas d’existence légale, soit est l’apanage d’une élite monstrueuse qu’il s’agit de haïr, et bien. Tout un chacun maudit son prochain avec autant de ferveur qu’il cherche à améliorer son petit confort. Et ces gens, ils se font les juges de ceux qui n’ont pas leurs façons.

Juger autrui sans savoir, connaître ou comprendre est devenu un art. Et il est bon de savoir se prêter à ce petit jeu cruel, sans quoi il est fort probable d’échouer parmi les jugés. A quoi bon lire entre les lignes lorsqu’il est plus aisé de considérer ce qui n’est pas familier comme détestable ou puéril ? La voie la plus aisée, voilà ce qui est aujourd’hui recherché. Celle qui permettra de vivre un peu moins mal.

Et c’est ainsi que sont condamnés ceux-là même qui recherchent d’autres chemins, ceux-là même dont on admire l’ouvrage, ceux-là même qui nous divertissent par leur héroïsme et ceux-là même qui nous aime au point d’être prêt à mettre tout leur art à notre service.

Alors qu’est-ce que la chevalerie ? Est-ce bien ? Est-ce mal ? Ces gens sont-ils haïssables alors même qu’ils invitent à les suivre ? Ces terres neuves qu’ils parcourent tous les jours, repoussant les limites de ce qui est aimé, n’est-ce pas là une tâche qui se doit d’être accomplie ? Ces terribles terres qu’ils font parfois découvrir, ne sont-elles pas pires que les vies du quidam moyen ?

La chevalerie est l’exutoire de ceux qui ne veulent plus juger l’individu mais une société décadente basée sur la discrimination et la destruction de son prochain. Une société rendue folle par le culte des idoles, du profit et de l’obscurantisme. Une société qui décide de ce qui est juste sur des valeurs caduques et obsolètes.

Une société qui juge, toujours juge.

Sans comprendre. Ni même chercher.

 

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