Le Chevalier des Songes

Il a toujours rêvé de devenir chevalier errant. Il a beaucoup d’affection pour ces héros anciens et ceux qui, encore aujourd’hui, choisissent la voie de la chevalerie. Ils parcourent le monde avec une si admirable liberté, loin des vices et des plaies de notre époque. Et ils ont tellement à offrir. Ils se donnent sans compter, offrant l’élévation à ceux qui ne sont jamais parvenus à s’extirper de leur condition initiale, à ceux qui ne peuvent se permettre d’errer, de découvrir mille et un horizons.

Cependant, les méandres tortueux du destin ont tout fait tout pour l’écarter de la voie qu’il s’est fixée.

Il a été formaté par une société qui renie son droit à la différence. Il fallait à tout prix rentrer dans le moule. Devenir anonyme parmi les anonymes. Parce que seule la médiocrité est tolérée par le plus grand nombre. Et produire. Toujours produire. Pour le bien de la communauté. Le bien de cette société dirigée par une noblesse sans couleur, au détriment des rêves. Pour cette minorité qui possède tout et qui ne donne rien.

Ils ont raboté ses espoirs, consciencieusement. Copeau par copeau, ils l’ont lissé. Ils l’ont refaçonné encore et encore. Ils ont raffiné son brut pour en retirer tout ce qui faisait sa spécificité et en extraire la plus pure banalité. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre que cette fugitive étincelle de révolte. Celle qui l’empêche d’exceller là où eux le souhaiteraient.

D’abord, les classes de préparation relative aux études primordiales des arts ; comprendre qu’il s’agit bien de classes à l’élitisme incertain qui se gaussent de former les futurs mages et enchanteurs de nos pays. Évidemment, le système est ainsi fait qu’il pousse dans leurs derniers retranchements les aspirants mages. Ceux qui craquent, bien évidemment, n’ont aucune chance d’aller plus loin. Ils sont éliminés, chassé du troupeau sans ménagement.

Ils l’ont poussé sur cette voie parce qu’il était parmi ceux que l’on juge bons. Bons. Qu’est-ce que la bonté a donc à voir là-dedans ? Oh comme il devait sembler aimable à leurs yeux : malléable, toujours à faire passer ses désirs au second plan. Il a avancé dans les ornières qu’ils lui ont creusées, manquant les immenses prairies de l’insoupçonnable, les forêts verdoyantes de l’incertain et les hauts monts de l’élévation.

« Chevalier errant ? Ce n’est pas un métier. »

« Tu ne gagneras jamais ta croûte avec ça. »

« Sors un peu de ton monde, redescend un peu sur terre. »

Lorsqu’ils jugeaient ses compétences en chevalerie utiles pour atteindre certains objectifs, ils n’avaient aucun scrupule à les utiliser à leur avantage. Le reste du temps, ils ont tout fait pour réprimer ce désir de liberté qui s’accommodait si peu avec leur vision. Ils l’ont forcé à penser de moins en moins à ses rêves. Et comme tant d’autre, il n’est pas parvenu à résister. Il n’a pas compris à quel point les songes sont nécessaires.

Ils l’ont pressé, pour qu’il avance. Ils ont consumé sa pulpe et son jus, la moindre calorie utile à leurs dessins. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que ces faibles lueurs.

Et s’il advenait qu’il les égare…

Une réflexion sur “Le Chevalier des Songes

  1. Sylia dit :

    Gnhmpfffrgn… J'ai des problèmes avec Skype, je n'arrive plus à le lancer. Tu connais mon adresse e-mail (celle de MSN), si tu pouvais me donner la tienne ce serait bien tout plein :p

    Et j'ai manqué de pleurer en lisant ce texte-ci. On dirait que nos expériences ont des similitudes par-ci par-là…

    Fais de beaux songes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *